Il scoute et dissèque tous les adversaires de L’Etoile
12 mars 2026 19:45:00 dans NM1
Accompagnant l’Etoile comme prestataire de service tout en étant co-assistant de Jimmy Ploegaerts, Pierre Bouthors, le travailleur de l’ombre du staff carolo, vit par ailleurs une expérience trépidante à la tête de son agence de scouting international. Interview de celui que le coach carolo considère pour son travail de fourmi comme « une valeur ajoutée ». Agé de 26 ans, le fils de Jean-Marc pourrait figurer dans le staff de l’Australie pour la Coupe du monde 2027. Il nous fait découvrir son univers.
Pierre, quel a été ton passé de basketteur ?
"Entre mon père Jean-Marc et ma mère Sophie, Je suis né et j'ai grandi dans une famille de basketteurs. Pour ma part, j'ai joué en U15 et U17 France à Amiens avant d'évoluer une saison en N2 à Calais. Par la suite, après avoir pris du recul en raison de mes études, j'ai évolué en Prénationale à Longueau tout en m'entraînant avec la N2 où je n’ai guère pu jouer parce que j’étais cinquième muté. Ensuite, après la période Covid, je me suis entrainé avec Orchies à l'époque où Jimmy était coach et mon père, directeur sportif. C’est au BCO que notre relation s’est approfondie".
Très vite, tu as choisi de faire du sport ton métier.
"Avant de me consacrer à d’autres projets, j’ai passé un Master de droit privé à l’université d’Amiens accompagné ensuite d’un diplôme de droit du sport effectué en parallèle et à distance à l’université de Montpellier. Après ce cursus de cinq ans, j’ai cherché à faire quelque chose en lien avec le sport. Et très vite, en fait, j’ai trouvé très challengeant de pouvoir vivre de ma passion pour le basket en évaluant la performance de joueurs par le biais d’une analyse scientifique de la discipline intégrant la DATA et des données chiffrées et pointues. J’ai alors sauté dans le grand bain en créant en septembre 2023, dans la maison de mon père, ma propre société baptisée « PIRB scouting », persuadé que chaque joueur professionnel méritait de disposer des outils nécessaires pour se développer et maximiser ses performances."
En affaire avec plus de 300 joueurs !
"Au fil du temps et après avoir au départ démarché pas mal de personnes et approché des joueurs de N1, j’ai constaté que mon idée était bien réceptionnée dans le milieu. Même des coaches se sont servis de mes connaissances pour leur servir de réflexion afin de faire progresser leur équipe, prendre part à leur recrutement ou faire des choix stratégiques par rapport à un adversaire. Cela a vite fait boule de neige. Aujourd’hui, mon réseau s’élève à plus de 300 joueurs en France et à l’international dont des basketteurs de plusieurs clubs professionnels européens ou de différentes sélections étrangères. Ma réputation est désormais bien établie et mon affaire, devenue rentable. De l’Asie à l’Amérique du sud en passant par diverses ligues en Europe, il n’y a pas de limites. Les Américains qui ont une sensibilité plus avancée pour ce type de produit représente un tiers de mes clients."
Son travail d’analyste optimise le rendement de l’Etoile
Quel est précisément ton rôle à l’Etoile ?
"J’ai commencé à accompagner Jimmy lors de la montée du club en Nationale 1, une compétition exigeante avec un rythme de 40 matches dans la saison et une concurrence exacerbée. Cela m’intéressait d’expérimenter mon travail au sein d’un club tout en partageant cela avec mon père. A L’Etoile, je suis là pour aider l’équipe à préparer les matches dans les meilleures dispositions possibles et atteindre son plein potentiel à partir du scouting des joueurs des clubs adverses. J’essaie de fournir au coach un maximum d’informations en évaluant le plus précisément possible les forces et faiblesses de nos rivaux. Ce qui consiste, par exemple, à donner des précisions pointues sur l’endroit où les joueurs sont les plus efficaces sur le terrain ou encore quels éléments sont à cibler dans les phases offensives parce qu’ils sont moins performants en défense. Ou encore ce que l’équipe rivale va proposer sur ses possessions de balle ou sur certaines actions de jeu (catch and shoot, pick and roll et pick and pop…). Pour arriver à rendre l’étude la plus affinée possible, je décompose totalement le style de jeu des joueurs d’en face afin de les mettre en difficulté le soir du match en limitant le plus possible leurs points forts ou en profitant de leurs faiblesses. A ce job, s’ajoute à chaque après-match un retour vidéo détaillé et individualisé destiné à nos propres joueurs et qui dissèque leurs actions personnelles et le rendement global de l’équipe."
Tu as aussi été influent sur l’arrivée de Mario Tonji et le recrutement de Théo Pichard.
"Disons que j’ai contribué en donnant un avis mais leur intégration émane d’une réflexion collective. Théo méritait d’avoir sa chance en N1 et il a montré ce qu’il valait à ce niveau au poste de meneur en retrouvant de la confiance. Mario, je suis très proche de lui et je n’ai toujours pas compris qu’il n’ait pas intéressé des clubs français. Son profil me plaisait. J’étais sûr que ce garçon avait quelque chose et l’Etoile ne regrette pas ce choix. A mes yeux, ces deux joueurs sont de très belles réussites."
Aux côtés de deux équipes NCCA et de la sélection australienne
En dehors de l’Etoile, tu collabores aussi avec deux grosses universités américaines et la sélection nationale d’Australie…
"Depuis l’été dernier, je travaille notamment avec Louisiana States University, une équipe de NCAA figurant dans l’une des plus importantes conférences américaines et avec qui je coopère avant des matches importants comme je le fais à l’Etoile tout en les aidant dans le recrutement de gros prospects européens. Pour l’anecdote, les liens que j’ai ainsi noués avec David Patrick, par ailleurs assistant du staff australien, m’ont permis de me faire une place dans le staff élargi de cette sélection après avoir tenté un coup de poker en leur proposant de scouter leurs principaux rivaux en Coupe d’Asie. Ils ont été convaincus de ma méthode et je les ai finalement aidés sur le reste de la compétition. J’espère bien maintenant continuer avec les Boomers, qui font partie du Top 10 mondial jusqu’à la Coupe du Monde 2027 au Qatar. Ce serait un sacré bonheur et une très belle reconnaissance pour quelqu’un qui a créé sa boite il y a seulement plus de deux ans."
L’Etoile, premier club à lui avoir tendu la main
C’est tout de même paradoxal de te voir travailler à l’Etoile.
"Dans mon parcours, l’Etoile a été le premier club français à me tendre la main en me donnant ma chance. Au début de ce projet, peu de personnes se serait imaginés ça. Et certains me demandent, aujourd’hui, ce que je fais au sein du club ardennais avec tout le travail que j’ai par ailleurs. Mais c’est une affaire d’hommes et une relation particulière avec Jimmy et mon père qui m‘ont amené là et je n’ai pas oublié la manière avec laquelle le président, Luc Torres, et les bénévoles m’ont accueilli ici. Et depuis mon arrivée, j’ai déjà partagé de beaux moments dans les Ardennes au milieu de gens passionnés et qui ont les mêmes valeurs que moi. Et le fait d’avoir été récemment approché par plusieurs coaches de LNB ne m’empêchera pas d’être toujours disponible pour l’Etoile pour lequel je ne suis pas salarié mais prestataire de services."
Loic Depaix essaie, parait-il, de t’enrôler aussi dans l’équipe de Prénationale ?
"Oui (rires). Mais malgré ses nombreuses tentatives, il n’a pas encore réussi à me convaincre. Pourtant, il me travaille au corps depuis longtemps. Mais franchement, j’ai tellement de choses à gérer avec ma petite PME et comme j’ai toujours l’habitude de m’impliquer à 100 % dans ce que je fais que ça me parait très difficile de répondre positivement à ces fréquentes sollicitations."
Propos recueillis par Pascal REMY
LE MOT DU COACH.
Jimmy Ploegaerts : « C’est important de bénéficier de son expertise »
"Pierre est quelqu’un d’hyper investi de manière générale dans le basket et aussi dans notre projet. Arrivé avec son père, Jean-Marc, il nous a tout de suite apporté quelque chose de différent et de très novateur avec l’analyse data et les retours vidéo personnalisés. Ce qui, pour un petit club comme le nôtre, est bien sûr très appréciable et apprécié. Ce type de de démarche se développe fortement chez des équipes d’un niveau supérieur au nôtre ou par des joueurs de tous les niveaux. Et l’Etoile est donc, grâce à Pierre, à la pointe de cette technologie. On peut donc se féliciter de sa présence au sein de notre staff. Son apport est un plus incontestable d’autant qu’humainement, ses valeurs correspondent totalement à celles du club."
BE BASKET.
Sa connaissance du basket a valu à Pierre Bouthors d’entamer une collaboration avec le site internet Be Basket pour lequel il lui arrive de rédiger des articles :
"Une opportunité sympa qui m’offre la possibilité de faire des textes en profondeur sur les principaux prospects français."






